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May 19, 2009

On the same page with WHO

This post comes third in a series focusing on the influenza outbreak. Earlier posts are available here and here.

The most crucial point in these texts was that the WHO pandemic scale only takes virus spread into account, and does not include any considerations on its virulence. This was a concern, because of the subsequent media coverage and the long-term risk of complacency.

It is, therefore, quite reassuring to see this fact being increasingly picked up in news reports.
French newspaper Le Monde even quotes a WHO spokesperson stating: "It is true WHO only considers virus spread to decide on its alert level. There is no alternative, as virulence is a subjective criterion, which varies between countries." (this is my own translation; the whole article is available here)

This change arrives quite late, but still in time for level 6.
This level, the highest on the WHO pandemic alert scale, will probably be announced this week.

As explained earlier, the only difference between levels 5 and 6 is the detection of a new epidemic outbreak on a different continent.
The infection started in North America, and quickly spread there, leading to level 5. Since then, countries such as Spain have been under close scrutiny, but it now turns out that Japan might be the country officially leading us into a global pandemic.

You can expect a return of influenza to the main headlines, but let's hope that, this time, media coverage will not neglect any useful information.

L'OMS est sur la même ligne

Ce post fait suite déja mes précédents billets sur l'épidémie de grippe, que vous pouvez retrouver ici et ici.

Dans ces textes, j'insistais notamment sur le fait que l'échelle de l'OMS ne prend en compte que la propagation du virus, et pas sa gravité. Je suis donc ravi que cette notion soit désormais prise en compte par les médias. Ainsi le Monde.fr cite Aphaluck Bhatiasevi, porte-parole de l'OMS : "C'est vrai que l'OMS ne prend en compte que la façon dont le virus se répand pour déterminer son niveau d'alerte. Nous ne pouvons pas faire autrement, le degré de gravité est un critère subjectif, qui varie selon les pays. Tous n'ont pas le même nombre de morts. Et les pays du Sud, qui ont une population plus vulnérable, sont favorables au maintien des critères actuels." (article complet disponible ici)

On peut simplement regretter que ce point, pourtant essentiel, n'ait pas été expliqué dès le début de l'épidémie.

Je notais également qu'il ne manquait plus que l'apparition d'un foyer hors d'Amérique du Nord pour que nous nous trouvions, de fait, au niveau 6 de l'échelle de l'OMS.
L'établissement d'un foyer autour de Kobe et Osaka ces derniers jours devrait donc nous porter à ce niveau d'alerte.

Mais, encore une fois, cela ne présage en rien de la gravité de l'infection, donc toute panique serait superflue, (et risquée sur le long terme).

May 12, 2009

Complaisance, ou réaction disproportionnée ?

L'épidémie de grippe a en partie disparu des journaux, mais reste un sujet majeur des publications scientifiques telles que Nature.

Dans sa dernière édition (7 mai), on trouve par exemple un éditorial très intéressant: Between a virus and a hard place (jeu de mot sur la version anglaise de "entre le marteau et l'enclume").
Le but de cet éditorial is de souligner que la complaisance est plus dangereuse qu'une réaction disproportionnée, face au danger que représente la pandémie grippale.

Dans une certaine mesure, ce constat est exact : le virus se propage relativement rapidement, and il a fallu un certain temps pour se rendre compte que, dans sa forme actuelle, les symptômes sont relativement faibles.

Néanmoins, comme j'essayais de l'expliquer dans un récent billet, les virus se propagent désormais plus rapidement, et sont plus facilement détectés, et cela indépendamment de leur virulence (dont l'analyse demande forcément plus de recul).

De fait, cela peut conduire à une répétition de réactions qui apparaissent, a posteriori, disproportionnées. Et cela risque de conduire, à terme, à de la complaisance, ce qui pourrait être dangereux.

La seule démarche valide sur le long terme est donc d'encourager des réponses mesurées.

Complacency, or overreaction?

The influenza outbreaks has almost disappeared from mainstream news, but remains an important focus in high-profile scientific publications such as Nature.

Its latest issue (May 7th) features an interesting editorial: Between a virus and a hard place. In brief, the main message of this editorial is that "complacency, not overreaction, is the greatest danger posed by the flu pandemic".

In a way, this is very true: the virus was (and still is) spreading rapidly, and it took some time to determine how virulent it was.

However, as I tried to explain earlier, viruses can now spread more rapidly and are identified more readily, independent of their virulence (which takes some time to assess).

Repeated overreactions can only lead, in the long term, to complacency. This, as suggested, would be dangerous.
The only valid long-term solution is, therefore, to promote reasonable reactions.

May 5, 2009

Pandemics: more but less?

One of the advantages of having a fairly recent blog is that there is little readers to complain about the lack of update of the recent weeks.
That being said, this silence was not exactly planned, and I will try to post more often in the future.

The recent flu outbreak has captured the headlines, and I have wondering about the way scientific information is broadcast to the general population.
In particular, is it good practice to use, without further explanations, the notion of pandemic.

WHO scientists use technical terms, and rightly so, of course. It is easy to imagine the anger, were WHO (or any official organisation) to use ambiguous terms.

However, it must be noted that recent changes in our societies modified the implications of pandemics.
Up to a couple of decades ago, a pandemic really was bad news: you would need a large pool of infected individuals for the disease to spread globally, (in order to compensate for the limited exchanges between continents), and you would have to wait for a large number of casualties before a link could be made between these, (to compensate for the lack of efficient sequencing and monitoring resources).
In that sense, there was a strong correlation between what was identified as a pandemic (a disease outbreak spanning worldwide) and what corresponded to a very virulent infection.

The situation is quite different today. Population mobility implies a very rapid spread of any new disease (or strain thereof), as was observed in recent days. Similarly, a few serious cases are enough to draw very high attention and close monitoring of the outbreak.

A pandemic used to be identified a posteriori, and only in instances when the involved strain was virulent enough. In the general population pandemics of the past are, therefore, reminded by the thousands (or millions) of casualties they never failed to induce.
This is no longer the case, and an outbreak can reach level 5 (out of 6) in the WHO phases of pandemic alert before a thousand people are infected.

It would be very useful if media reports could explain that crucial change, so that we can prevent ourselves from excessive reactions.
In the current world, it is likely that we will regularly have outbreaks reaching high levels of alert, with only a fraction of them turning out to be as deadly as the ones we remember from the past.

This is the whole point of having an alert system, after all!

May 4, 2009

Précision, ou confusion ?

Peu de temps libre en ce moment, et la rédaction de billets pour ce blog en a donc pris un coup. L'actualité récente est pourtant intéressante, donc je vais essayer d'être concis et précis à la fois.
La précision est d'ailleurs justement le thème qui me chatouillait les doigts et m'a fait revenir vers mon clavier.

Vous l'aurez sans doute remarqué, la grippe porcine/mexicaine/A-H1N1 (rayez les mentions inutiles) est parmi nous. A cette occasion, on observe une recrudescence des interventions de scientifiques dans les médias. Certes, cela nous change des économistes, mais le message délivré est-il clair ?

Comme mes proches le savent (et comme les futurs fidèles lecteurs de ce blog le découvriront sans doute), mon domaine de prédilection, en tant que chercheur, est la modélisation des systèmes complexes. Le terme est assez générique, mais je travaille notamment sur un projet se focalisant sur les contacts entre personnes et leur impact sur la propagation des maladies infectieuses. Autant dire que je surveille la situation actuelle avec intérêt...

Etant donné mon travail ces derniers mois, les communiqués journaliers de l'OMS et des différents centres nationaux ne me posent pas de problème de compréhension. Par contre, il est évident que ces données "brutes" devraient être retravaillées avant d'être transmises à la société dans son ensemble.

En effet, est-il bien raisonnable de supposer que tout le monde va comprendre ce qu'est une pandémie ? Laisser se développer les malentendus ne peut, à terme, qu'avoir des effets négatifs : réactions excessives, perte de crédibilité des "interventions d'experts", etc.

Techniquement, il n'y a pas à débattre trop longtemps, la situation est de type pandémique : nous avons devant nous une nouvelle souche grippale, qui peut créer des symptômes sévères, et qui se transmet directement et assez facilement entre humains. Bingo ! Toutes les conditions sont remplies...
D'ailleurs, la seule différence entre la phase 5 (atteinte) et la phase 6 (non-atteinte à ce jour) correspond au fait que la pandémie touche un nouveau continent. En bref, Mexique, Etats-Unis et Canada, cela nous donne une phase 5. Si un nouveau foyer de taille significative se développait (par exemple en Espagne), on atteindrait vraisemblablement la phase 6, même sans augmentation du nombre de victimes.

Mais une fois que cela est dit, est-on plus avancé ? Scientifiquement oui, car cela a un sens précis, mais une fois dans les médias, la définition est rapidement oubliée, et on assimile trop souvent pandémie et morts par milliers.

Le blogueur Koz, dans un billet du 3 mai, souligne un point important : "au final, si la situation est pandémique, une pandémie de gros rhumes est aussi une pandémie".
Comme il l'indique lui-même, c'est une caricature (surtout en l'absence de symptômes sévères pour les rhumes), mais il souligne très bien l'absence d'une notion essentielle : la virulence de l'infection. Techniquement, ce sont deux notions différentes, mais ce "détail" ne passe que trop rarement le filtre médiatique.

Il semblerait, (et espérons que cela se confirmera), que la souche actuelle soit relativement douce. Paradoxalement, les craintes liées à la grippe aviaire ces dernières années reposaient sur une souche beaucoup plus virulente. Mais, moins transmissible, elle n'a jamais atteint (au moins jusqu'à présent) le niveau pandémique. Ce sont deux notions bien différentes, qui mériteraient d'être expliquées lors des nombreux sujets consacrés à l'épidémie. Ce ne serait d'ailleurs pas si difficile, si on voulait bien s'en donner la peine. Au lieu de cela, on nous sert du principe de précaution, des stocks de masque, et des quidams inquiets...

On me répondra peut-être que cela ne serait pas "vendeur", mais je n'en suis même pas sûr. Et il existe, de toutes façons, encore quelques médias qui n'ont pas à se préoccuper de ce genre de considérations.

Le monde dans lequel nous vivons est plus exposé en cas d'évènement majeur (médical ou économique). Mais, dans le même temps, il est aussi extrêmement vulnérable aux fausses alertes et aux "montées en épingle". La moindre dépêche peut faire le tour du monde en quelques minutes, et comme nous le voyons, un nouveau virus se retrouve aux quatre coins de la planète en moins d'une semaine.
Ce second point peut bien entendu sembler inquiétant, et la surveillance est nécessaire, pour ne pas laisser passer une souche virulente. Mais dans le meme temps, on se retrouve avec une situation dans laquelle infectiosité et virulence ne sont plus corrélées.

Une pandémie, au XXe siècle, ne pouvait prendre forme que si infectiosité et virulence étaient toutes les deux élevées : il fallait un stock de malades énorme afin de pouvoir se propager à travers la planète malgré le peu d'échanges inter-continentaux, et il fallait un grand nombre de victimes avant que l'on soit en mesure de faire le lien entre elles.
Aujourd'hui, la mobilité de la population propage toute nouvelle souche virale plus rapidement que jamais, et le niveau de surveillance des maladies infectieuses permet d'identifier et de suivre presque en temps réel même la plus inoffensive de ces souches.

Une pandémie n'était identifiée qu'a posteriori, et seulement si elle correspondait à une souche suffisamment virulente. Elle était donc forcément associée aux milliers (ou millions) de victimes qu'elle engendrait.
Ce n'est aujourd'hui plus le cas. Il est regrettable que ce glissement sémantique n'ait pas été expliqué ces derniers jours.